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Académie du Gallo



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Les Dossiers linguistiques de l'Académie du Gallo

    Les Dossiers "Yves DONGUY"



Yves DONGUY
Né le 01 juin 1941 à
, Yves DONGUY est décédé le 07 février 2020 après un long séjour à l’hôpital du Centre Bretagne à Noyal-Pontivy. Insuffisance rénale grave, dialyse prolongée, malaise cardiaque. Mais toute sa vie, il a été animé par une passion inlassable d’étudier et de comprendre.

Si on ne l’évoque pas ici, sa vie et ses apports risquent fort de passer inaperçus.

Nous laissons la parole à Jean-Jacques MONNIER qui évoque ici plus d’un demi siècle de combats partagés.


La musique bretonne, l'Histoire et la politique

Rennais, il a joué jeune dans un bagad. Puis fait des études de droit.

Je l’ai rencontré, alors que j’étudiais l’histoire et la géographie, au sein d’un groupe de la Jeunesse étudiante bretonne (JEB), présidé par Herri Gourmelen. Ce groupe m’avait sollicité pour faire un cours hebdomadaire sur l’histoire de la Bretagne. N’ayant pas ce cours à l’université, je le préparais avec une semaine d’avance, essentiellement à partir des 5 tomes de la monumentale histoire de la Borderie puisque l’offre en livres de ce type était encore rare.

Yves ne s’exprimait pas avec facilité, ce qui fait que beaucoup n’ont jamais mesuré l’étendue de sa culture et de son savoir. Je le retrouvais l’année suivante au sein de l’UDB locale, puis à mon retour en Bretagne et après mon service militaire, pour des ventes du Peuple breton devant le restaurant universitaire de la rue de Fougères, la section ayant été vidée par une crise et des exclusions.

Exercice ingrat en termes de résultats pour deux individus discrets ! Les temps avaient changé, l’UDB avait mauvaise presse et la vague politisée des années 1960 était entrée sur le marché de l’emploi.

Je revoyais ensuite Yves de loin en loin, tantôt engagé dans la pêche à la morue à Terre-Neuve, tantôt dans une conserverie, puis en permanent d’association culturelle. Fidèles en amitié, on se retrouvait aux Assemblées gallèses d’été et éventuellement à quelques congrès et fêtes de l’UDB ou encore à des manifestations pacifiques pour les droits culturels et l’environnement.


Un travail de Titan

Il travailla ensuite pour des associations sur le gallo, notamment Maezoe, travaillant à longueur de temps à de futurs dictionnaires. Plusieurs, sous différents noms d’auteurs, signalent ses apports.
    Sa source principale était un dictionnaire des dialectes romans rédigé en allemand par un linguiste suisse, Walther Von Wartburg. Dès qu’il pouvait le payer, Yves achetait un nouveau fascicule et en intégrait les apports dans son projet de grand dictionnaire du gallo.
    Ironie du sort, ces nombreux fascicules ont coûté une fortune mais ils sont aujourd’hui mis en ligne sur internet par l’université de Nancy !

Constatant l’indifférence de la population du Mené à ces recherches dialectales et le recul qualitatif très rapide du gallo, Yves s’est ensuite centré sur la langue bretonne, qu’il voulait rendre accessible aux anglophones.

Après le remplacement de Maezoe par Maezoe Teunant, suite à une faillite d’association liée à l’arrêt du subventionnement et devant le vieillissement des membres de l’association et notamment de son président Alan Raude –décédé depuis- Yves m’a fait part de son souhait de voir le fonds de livres et de revues remis à une bibliothèque hors des métropoles, pour ne pas réserver les legs aux grandes bibliothèques.

Travail d’équipe : grâce à Françoise Ramel-Flageul, conseillère municipale UDB à Pontivy et à l’accord du maire Jean-Pierre Le Roch et de son conseil municipal juste avant l’élection municipale de mars 2014, le fonds de plusieurs milliers de pièces a pu être remis aux archives attenantes à la médiathèque de Pontivy où il est en cours de classement.

La remise du fonds à une bibliothèque du Centre Bretagne représentait pour nous un acte symbolique important.

Il restera à rappeler ce legs pour obtenir sa mise en valeur et une animation autour d’une documentation sans égale et largement européenne concernant les langues de Bretagne.


Isolement mais convictions partagées

Yves, qui entre-temps, avait surmonté un lymphome –la maladie qui avait emporté en quelques mois le président Pompidou – s’était remis au travail : des lectures et des débuts de synthèse d’histoire, pour montrer la construction, dès le moyen âge, de l’histoire de France enseignée et médiatisé en escamotant la réalité des royaumes bretons du fait de la mise de côté et des textes gallois et des vies de saints bretons, à critiquer certes mais surtout pas à rejeter.

Son autre chantier, qu’il n’a pu non plus mener à son terme, c’était un dictionnaire anglais-breton pour ouvrir la langue bretonne au monde immense des anglophones.

Sur ces deux terrains, on devrait pouvoir bénéficier des apports des travaux d’Yves Donguy. On faisait le point chaque semaine –au moins ! - par téléphone, je lui posais maintes questions et les réponses précises me parvenaient lors de l’échange téléphonique suivant.

Yves a travaillé jusqu’au bout, malgré des conditions matérielles difficiles – des moyens financiers réduits, un trou noir numérique, un point cybercommune distant et souvent fermé, une maison dans la partie la plus isolée du Mené- s’ajoutant à une santé chancelante.

Ce pionnier de Bretagne Vivante avait entretenu une réserve naturelle (tourbière), aujourd’hui sauvée par l’acquisition par la commune, et s’efforçait d’élaborer un mode de vie respectueux de la planète et fondé sur les principes d’une écologie ancrée dans les réalités du Centre Bretagne.

Lors de ses obsèques, à Dinard puis Saint-Briac, des militants de l’association ont rappelé cette prise de conscience précoce, dès les années 1970.


Imaginatif, cultivé mais discret à l’extrême, peu à l’aise dans les effets de tribune, isolé par la maladie, Yves Donguy mérite qu’on évoque sa mémoire et que l’on partage ses travaux.


Dalc’homp soñj !



Jean-Jacques MONNIER

le 20 février 2020