ACADEMIY DU GALO

Académie du Gallo




Présentation générale de la langue gallo



Histoire du Gallo


La Bretagne a de tout temps été une terre de convergence entre le monde celtique et le monde latin. Entamée par la défaite des Vénètes en 56 av. J-C, cette histoire s’est poursuivie avec l’arrivée des Bretons vers le V° siècle et la receltisation qui s’en suit.

Et quand Nominoe affermit son indépendance au IX° siècle, notre pays est déjà bilingue. Sa frange orientale en particulier est de langue romane. Selon Alan Raude, la Chanson de Roland (1080) trouve son origine géographique à sa frontière et le Livre des manières d’Etienne de Fougères (XII° siècle) a un titre parfaitement explicite quant à son origine.

Peut-on pour autant parler de gallo ? En tout cas, ses caractéristiques sont en place avec un substrat roman qui marque encore le breton aujourd’hui, des traits qui continuent à être proches des parlers d’oc et l’intrusion de termes germaniques. Cependant à partir de cette époque, les traits phonétiques du domaine roman oriental commencent à se distinguer pendant que ceux du massif armoricain restent plus constants.

C’est ainsi que la diphtongue « ei » évolue à l’Est pour se confondre avec la diphtongue «  », donnant ainsi naissance à ce que plus tard, on appellera la langue d’oïl (= « oui »).
    A l’Ouest, elle se conserve et a seulement fléchi en «  » alors que la diphtongue «  » a simplement évolué en «  » comme dans le royaume de France de l’époque. Elle est donc restée distincte de l’autre diphtongue «  », et cette distinction s'est prolongée jusqu’à nos jours.

D’autres traits particuliers apparaissent, là encore marquant une spécifité de plus en plus nette de ce qui va devenir la langue française.
    Les diphtongues nées d’un « l » vocalisé se conservent plus nettement à l’Ouest notamment au pluriel (chevaos, chapiaos) alors que le français les réduira à une simple voyelle tout en conservant une graphie archaïque (chevaux, chapeaux).
    Aussi peut-on dire que le gallo est une langue romane stabilisée très tôt alors que le français s’est écarté peu à peu de ses traits originaux.

Depuis quand le terme existe t-il ? Si au XIII° siècle, on trouve mention de « Bretagne bretonnante », ce qui suppose une dualité, c’est dans un acte du duc Jean IV en 1358 qu’on le rencontre explicitement pour la première fois sous la graphie « gallou » qui fait entrevoir une prononciation « galow ». Ce terme prend son origine dans le breton « gall » qui signifie au départ « étranger », mais s’applique en fait à ceux qui ne parlent pas breton, en clair, à ceux qui sont de langue romane.

Cette appellation apparaît d’ailleurs au moment de l’expansion géographique du gallo. En effet, à partir du XIII° siècle et jusqu’au XVII° siècle essentiellement, il va s’étendre vers l’Ouest, rognant largement sur l’aire du breton. C’est ainsi que ce qui correspond aujourd’hui à l’Ille-et-Vilaine, la Loire-Atlantique (moins la presqu’ile de Guérande) adoptera le gallo ainsi que la moitié orientale des Côtes-d’Armor et une bonne partie du Morbihan. Enfin, les siècles suivants, cette frontière va à nouveau reculer de quelques kms selon les lieux pour se fixer aujourd’hui sur une ligne joignant Plouha (entre Saint-Brieuc et Paimpol) à Ambon, à l'embouchure de la Vilaine.

Certes, sur cette zone d’expansion, qu’on appelle la zone mixte, le breton a disparu, mais ce n’est pas sans laisser quelques traces : le suffixe –ure y est toujours diphtongué en –aeure, prolongeant le breton –adur. La 3° personne du pluriel du pronom sujet (ils) reste invariable en genre, dans la continuité du breton. On le voit, ces traits singuliers sont aussi des traits grammaticaux.

Comme le breton, le gallo est bien sûr victime de la politique centralisatrice de la France. De plus, un double complexe le frappe : d’une part, il n’est pas emblématique de la Bretagne, du fait de son caractère roman ; d’autre part, il est trop proche du français auprès duquel il apparaît comme un « patois » et ne peut ainsi revendiquer une identité spécifique.

Il faudra attendre le XX° siècle pour qu’on lui découvre un intérêt.
    Dans la foulée de la revue en breton Gwalarn, apparaissent Les Compagnons de Merlin et leur bulletin Galerne sous l’égide du Vitréen Jean Choleau.
    Mais c’est la constitution des Amis du Parler gallo en 1975 qui marque le coup d’envoi du mouvement contemporain. Une revue est créée, le Lian, ainsi qu’un festival, les Assembiées Galèzes, qui existe toujours.

En 1983, le gallo est reconnu comme épreuve facultative au baccalauréat. A son introduction en collège et lycée, est venue s’ajouter son initiation en primaire grâce à l’association Cllassiers. Une méthode d’apprentissage, basée sur la graphie ELG (Ecrire le gallo), a vu le jour en 2014.

Modernité oblige, les efforts récents portent plus sur le multi-média.
    En 2016, l’Académie du Gallo introduit régulièrement des nouveautés concernant la langue sur son site internet et en 2017, diverses associations de Haute-Bretagne se attachées à l’acquisition de la langue par un jeune public.

Bien qu'on ne connaisse pas aujourd'hui le nombre réel de ses locuteurs, il est néanmoins sûr que, étant de plus en plus soutenue, la place du gallo s’affermit dans le paysage culturel de la Bretagne.